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Aujourd’hui j’aurais envie de témoigner haut et fort en proclament «Dieu m’a guéri !» Mais ce n’est pas le cas. Alors disons que si je témoigne aujourd’hui, c’est pour tous ceux - et ils sont nombreux - qui ont demandé la guérison divine et ne l’ont pas reçue. Je pense honnêtement que nous les chrétiens n’avons simplement pas tout compris sur la guérison miraculeuse. Je dirais même que nous les chrétiens avons l’art... de nous compliquer la vie, parce qu’on nous a appris que Jésus-Christ fait des miracles. On nous a rarement dit pourquoi, dans quelles circonstances il guérit... et ni pourquoi des fois ça ne «marche» pas.

Souvent inqualifiable, d’origine inconnue et multi-factorielle, la souffrance psychique est sournoise, et durant de longues périodes de ma vie c’est mon quotidien. Bien sûr, il y a aussi beaucoup de journées où tout va pour le mieux, avec mes deux garçons sympas comme tout et ma femme hors-pair. Mais il y a toujours un élément pour me rappeler ma maladie et mon état de rentier AI, ou d’«homme sans emploi» comme je dois le spécifier parfois dans la paperasserie.

On n'atterrit pas dans cette situation par choix. Profiteurs, manipulateurs, arnaqueurs, flemmards, que n’ai-je pas dû entendre au sujet des rentiers AI pour raisons psychiques ! A plusieurs reprises j’ai dû serrer les dents pour ne pas éclater, soit de colère, soit en sanglots. Ne vous êtes-vous jamais posé la question de l’impact d’une question banale comme « et toi, tu fais quoi comme boulot ?» Comme si ma personne, ma position sociale était limitée à un travail lucratif ?! Alors je réponds de différentes manières. Parfois très directe, parfois volontairement évasive pour susciter la discussion, mais la plupart du temps je remarque que les gens ne sont pas si intéressés que cela, ou intéressé avec une curiosité mal placée : «Tu es père au foyer, ta femme travaille à temps partiel et vous avez une jeune fille au pair ? Mais vous faites comment pour tourner ?» (version politiquement correcte) «Mais tu fous quoi de tes journées ?» (version que l’on garde pour soi quand on est bien éduqué...) Eh oui, je les ai entendues toutes les deux ! Quand je vous dis qu’il y a toujours un élément (ou un individu) pour me rappeler ma maladie...

Ma descente aux enfers a commencé peu après ma deuxième formation. Une première formation aux chemins de fer a révélé que je n’étais manifestement pas à ma place, raison pour laquelle je me suis orienté sur une formation plus sociale, mieux adaptée à mes capacités. C’était peut-être une erreur, car le problème était déjà à ce moment ma maladie, mais je ne le savais pas. Seulement traiter ce genre de maladie avec une reconversion professionnelle n’a eu pour effet que de la faire revenir au galop : fraichement diplômé de l’école d’études sociales et pédagogiques, employé par un «gentil» patron qui se révélât être un pervers spécialisé dans le mobbing, il ne m’en fallait pas davantage pour faire une sérieuse décompensation, sans retour possible dans le monde de l’emploi. A plusieurs reprises j’ai tenté de reprendre le travail, mais ma maladie resurgissait tôt ou tard. Avec finalement le couperet de la société moderne d’aujourd’hui : tu es... improductif, non performant, trop lent, voire même - et là ça fait mal - flemmard ou manipulateur.

Les maladies psychiques sont peu connues, même si la tendance actuelle tend à les faire connaitre au grand public. Il n’en demeure pas moins qu’elles font peur. Peur de la folie ? peur de la contagion ? peur de ne pas savoir quoi dire ? peur de mettre un pied (ou même les deux) dans le plat ? Je ne sais pas. J’ai appris cependant une chose avec le temps : ne pas dire n’importe quoi à n’importe qui. Il y a premièrement des gens qui ne savent pas tenir leur langue. D’autre ne savent pas ce qu’est la compassion, ne savent pas faire face à la souffrance. Il y a aussi les curieux qui aimeraient vérifier leur théorie sur la dépression. Le pire qui me soit arrivé, c’est d’avoir offert à mon ancien patron une confidence au sujet de ma maladie qu’il m’a resservie pour me licencier ! Mais j’ai aussi trouvé sur mon chemin pléthore de gens qui me disent «j’ai un proche qui vit aussi cela» ou bien même «j’ai passé par là durant une période de ma vie, je sais ce que c’est et je peux comprendre en partie ta douleur». Et si on y réfléchit, peu de familles sont épargnées par la douleur psychique. On trouve toujours un ancêtre, un cousin ou une tante qui vit ou a vécu cela.

Ce qui me fait systématiquement décompenser c’est le stress. Ma maladie est en fait (pour faire simple) une mauvaise résistance au stress, une hyper-sensibilité au stress. J’aime bien le terme «péter les plombs», parce qu’il veut bien dire ce qu’il veut dire : trop d’ampères, et le fusible lâche ! Pour passer un mauvais cap sans péter les plombs, il n’y a pas 36 milles solutions : soit on baisse l’ampérage (le stress), soit on augmente la résistance du fusible (en l'occurrence des médicaments psychotropes).

Les maladies psychiques ont-elles une origine spirituelle ? Durant toute une période de ma vie j’ai décidé de prendre en charge ma maladie de manière spirituelle : onction d’huile, chambre de guérison, séminaires de délivrance, mouvements «prophétiques» et j’en passe. Après quelques temps je me suis rendu à l’évidence que j’étais tombé encore plus bas qu’avant. La déception en plus, après toutes les lueurs d’espoir envisagées. Le milieu spirituel ne sait pas vraiment expliquer la souffrance, si ce n’est qu’elle vient du malin, du péché. Il est vrai que la souffrance ne vient pas de Dieu, certainement pas ! Venez me dire que «Dieu me met à l’épreuve» et vous entendrez ma réponse : ma maladie m’a rendu aigri et triste. Elle m’a éloigné de Dieu, m’a révolté contre lui et contre certains chrétiens. Je ne peux plus entendre «Dieu qui guérit», ni le proclamer d’ailleurs, raison pour laquelle j’ai arrêté de chanter à l’église durant une longue période. Mais je sais pourtant que Dieu est là, près de moi, et il m’a retenu du pire à plusieurs reprises. Je sais aussi que plusieurs personnes prient régulièrement pour moi.

Ces derniers mois j’ai décidé non seulement de me soigner, mais de prendre en charge ma maladie, et avec des résultats probants, même s’il y a aussi des déceptions. C’est ainsi que j’ai découvert des éléments qui expliquaient mon état psychique et physique, comme des apnées du sommeil et de l’hypertension artérielle. Les médicaments psychotropes ont pour effet d’augmenter la résistance au stress, donc d’améliorer l’«ampérage du fusible». Seulement voilà, même à des doses maximales de médicaments pendants plus de 15 années, rien n’y a fait chez moi. Je fais malheureusement partie des 10% de patients qui résistent au traitement, sans qu’on sache pourquoi. Et je vais mal. C’est sur ce constat que j’ai décidé d’arrêter ma médication. Je ne peux pas parler d’acte de foi, ni de conviction, mais plutôt de démarche intellectuelle. En accord avec mes médecins, j’ai pu diminuer les médicaments sur une longue période de plusieurs mois pour arriver actuellement à un arrêt total. Je ne vais pas beaucoup mieux, mais pas plus mal non plus. Disons pour résumer que cela a eu pour effet au moins d’éliminer tous les effets secondaires de la médication.

Pourquoi pas de guérison miraculeuse ? Je n’en sais rien. Mais voyez-vous, lorsqu’un médecin pose un diagnostic, il vous explique les symptômes de la maladie, le traitement à prendre, le pronostic, les risques de rémission. Dans la plupart des maladies graves, il vous donnera une adresse d’association de malades; bref, il vous donnera toutes sortes d’informations vous permettant d'appréhender votre maladie, de la comprendre, de l’expliquer, et en finalité de... l’accepter. Nous les chrétiens avons tendance à sauter à pieds joints sur toutes ces étapes pour arriver tout de suite à la case «guérison miraculeuse». Je ne peux plus cautionner des propos tels que «refuse la maladie, car la maladie c’est Satan !» ou bien «est-tu sûr que cette maladie est le projet de Dieu pour toi ?» comme je l’ai entendu une fois. Et bien je serais tenté de répondre «Mais pourquoi pas, après tout ?» Comment vivre au quotidien avec une maladie que je refuse ? Ne serait-ce pas un début à la guérison que... d’accepter ma maladie ? Comment la soigner si je la refuse ? Et mes proches, comment peuvent-ils me comprendre si je leur dis de refuser ma maladie, qu’elle vient de Satan ? Je me vois mal expliquer cela à mes enfants par exemple.

Alors je n’ai pas toutes les réponses à ces questions, mais ce que je peux dire aujourd’hui, c’est qu’en étant acteur dans ma maladie, je vois des différences par rapport à l’époque où j’en étais spectateur. Dieu ne m’a pas guéri miraculeusement, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’est pas à mes côtés. J’avance pas à pas, à mon rythme, avec ma maladie... et avec Dieu. Et pour tout dire, je ne me sens pas si seul avec toutes ces questions. D’ailleurs rien n’est nouveau sous le soleil. L apôtre Paul écrivait déjà ceci il y a presque 2000 ans : «... une dure souffrance m’a ' été infligée dans mon corps... Trois fois j’ai prié le Seigneur de m’en délivrer. Il m’a répondu : Ma grâce te suffit. Ma puissance se manifeste précisément quand tu es faible (2 Cor 12.7-9)» Je vous laisse méditer sur ce fameux verset, celui qu’on n’ose jamais dire à un malade chronique qui souffre, mais pourtant... qui fait tellement plus de bien à l’âme qu’un «Dieu peut te guérir, mon frère»...

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