Arbre avec les mainsNoël… une fête pendant laquelle la plupart des gens ont l’habitude de donner, recevoir ou même « échanger » des cadeaux. Je vous propose de réfléchir au thème du don, en le considérant dans un sens large, qui inclut également mon temps, mon énergie, mon amitié. Préférez-vous donner ou recevoir des cadeaux ?

Personnellement, je trouve souvent très agréable de donner. Je ressens alors un sentiment de bien-être, une satisfaction devant la joie ou la reconnaissance d’autrui. Mon attention permet de renforcer le lien existant, de montrer à mon vis-à-vis qu’il est important pour moi. Donner renforce en outre mon estime personnelle et « confirme ma valeur en tant qu’être humain »1.

 

En même temps, donner comporte certains « risques » ! Le destinataire pourrait ne pas apprécier mon cadeau, ne pas l’accueillir… Donner implique aussi de faire des choix : je n’ai pas, par exemple, un temps infini à donner. Le temps que je vais consacrer à l’un ne sera plus disponible pour l’autre… Mon don peut donc entrainer des jalousies ! Comment donner de façon « égale » à deux personnes ayant des besoins différents ? Et enfin, donner peut se révéler être un exercice difficile, voire impossible, si je n’ai pas reçu suffisamment de la vie. Ai-je la capacité de donner si je ressens un manque existentiel ?

Le don n’est pas toujours issu d’un élan de générosité. Mon but, même inconscient peut être de me faire aimer en retour, de garder autrui dans mon cercle d’influence. Examiner mes motivations à donner et la manière dont je le fais est ainsi primordial. Est-ce que je propose ou est-ce que j’impose mon don, ma présence, mon amitié ?

Et si je donnais « trop », c’est à dire au point d’en oublier mes propres besoins ? Jésus nous met d’ailleurs en garde face à cela : « Gardez-vous de donner aux chiens ce qui est sacré, et ne jetez pas vos perles devant les porcs, de peur qu’ils ne piétinent vos perles et que les chiens ne se retournent contre vous pour vous déchirer » (Mt 7 : 6). Ces paroles semblent bien sévères et en même temps, le risque de donner plus que ma part, de ne pas me respecter, voire de me faire dépouiller par l’autre existe ! Donner doit donc rester un acte de liberté ; quand je réponds à une contrainte, je ne suis plus dans le don.

Cela nous amène à la notion de recevoir. J’ai remarqué que, quand je reçois un cadeau, le donateur précise souvent qu’il ne s’agit que « d’un petit quelque chose » ou même « d’un petit rien ». Pourquoi ainsi minimiser son geste ? Probablement dans le but d’éviter que je ne me sente redevable, dans l’obligation de rendre la pareille. En effet, recevoir crée un lien avec le donateur, lien qui peut se révéler bien encombrant ou même humiliant. Je risque de me faire « acheter » par l’autre en acceptant de recevoir. « Vous ne vous laisserez pas corrompre par des cadeaux, car ceux-ci aveuglent même les sages et compromettent la cause des innocents » (Dt 16 :19). D’autre part, l’impression de ne pas mériter le don que l’autre me fait peut aussi me retenir. Faut-il pour autant se méfier de tous les « cadeaux » proposés ?

Recevoir m’enrichit également, me permet de me sentir apprécié, accueilli. En cette période de Noël, un cadeau inestimable nous est offert à tous : « Car pour nous un enfant est né, un fils nous est donné » (Es 9 : 5). Dieu vient à notre rencontre avec un cadeau, son fils Jésus. Puis Jésus lui-même nous fait le cadeau de sa vie (1 Jean 3.16). « Le don gratuit que Dieu accorde, c’est la vie éternelle » (Ro 6 : 23). Ce cadeau si généreux me pousse à la reconnaissance et à « oser » donner à mon tour !

 

L’essentiel est que le don circule entre deux personnes. Si le don ne va que dans une seule direction, la relation finit par étouffer, épuiser l’un ou l’autre. Il ne s’agit pas d’équilibrer nos relations d’une façon parfaitement équitable : attendre une équivalence exacte ne peut mener qu’à la frustration. Il est bon que les dons, les compétences et les attentions puissent être donnés et reçus en leur temps, selon les capacités et les besoins de chacun. Cela représente des mouvements différents pour chacun d’entre nous, suivant notre histoire. Pour certains, le défi consiste à oser recevoir et ne pas uniquement donner, en réalisant que « c’est en permettant aux autres de donner à leur tour que nous nous montrons le plus généreux »2. Pour d’autres, le défi sera de « prendre le risque de donner à nouveau »3, même s’ils estiment n’avoir eux-mêmes pas reçu ce qu’ils méritaient. « Jette ton pain à la surface des eaux, car avec le temps tu le retrouveras » (Ec 11.1).

Entrons donc dans la joie du don et la joie du recevoir !

Fabienne Dubath

 

1. Ducommun-Nagy C, Ces loyautés qui nous libèrent, éditions J-C Lattès, 2006, p 47

2. Idem p 51

3. Idem p 70